"Nul n'est juste de son plein gré", nous sommes juste par contraintes.
Imaginons un instant l'existence d'un anneau qui permettrait à la personne qui le porte de pouvoir se rendre invisible à sa guise, en toute impunité. Je crois que c'est comme ça que débute l'argumentation de Glaucon dans La République de Platon. Nous nous retrouvons donc face à deux théories. La première, communément appellée paradoxe socratique qui consiste en l'affirmation que "nul n'est méchant de son plein gré", que tout mal fait à autrui est directement lié à des raisons qui le dépassent et qui sont l'unique source d'une telle attitude. Ainsi, aucun homme n'est injuste par nature, on le devient donc. Car, en effet, l'homme injuste ne sait jamais qu'il l'est, il pense faire ce qui est bon pour lui, et d'après Socrate, c'est cette croyance et cette attitude qui le rend malheureux. La thèse de Glaucon prône le fait que "nul n'est juste de son plein gré", que nous sommes tous justes par contrainte. Mais quelle est la bonne thèse? Il y a-t'il une des deux qui est fausse, ou au moins l'une des deux qui est vraie? Ne serait-il pas possible, aussi incroyable que cela puisse sembler l'être, de se ranger ici du côté de Glaucon, de penser, juste un instant que le grand Socrate a tort.
Je tiens avant toute chose à définir ce qu'est le juste car là est la base de toute ma réflexion. Si on considère le fait que le juste est une capacité que certains hommes ont à faire le bien, alors être juste c'est rendre à autrui ce qui lui appartient, ne toucher qu'à nos propres affaires. L'injustice serait par contradiction définie comme le fait de voler, de garder pour soi ce dont nous avons besoin même si cela ne nous appartient pas, de prendre les femmes des autres, de toucher à la vie, et ce qui fait d'elle quelque chose d'agréable, d'autrui. Mais, dans ce cas, qui a raison, Socrate ou Glaucon?. Si on envisage d'abord que Socrate ait raison, on peut dire que toute injustice naît d'un besoin malsain et donc que toute injustice a une raison d'être ce qui fait de l'homme qui la commet une sorte d'animal qui promulgue sa propre loi, l'inégalité. Ce sont ces tas de raisons, aussi multiples que variées, qui font que l'homme ne peut pas être juste de son plein gré. Mais concentrons-nous maintenant sur la thèse de Glaucon. En effet, prenons pour thèse le fait que "nul n'est juste de son plein gré mais par contrainte". Il est vrai que tout homme voit l'injustice comme plus avantageuse pour lui mais l'homme est peut-être réellement juste par contrainte. prenons l'exemple d'un homme qui va rendre l'argent en trop qu'un marchand lui aurait rendu par erreur et analysons-le. Qu'est-ce qui fait que cet homme aille rendre cet argent? Est-ce ce que Socrate nomme l'esprit de justice, ou est-ce la peur de l'injustice? Si cet homme avait rapporté la monnaie parce qu'il éprouva des remords du fait de la gader pour lui, alors ce n'est aps en homme juste qu'il retournera au magasin, mais en homme contraint. Parce que le remord, acte moral et automatique est une faiblesse en soi, et la faiblesse est une contraintepropre à l'homme, dans le sens où elle le retient, le ralentit, dans son élan ambitieux vers son bonheur. Pour imager cet exemple de manière plus terre à terre on pourrait imaginer un jeune homme qui rêve de faire de la lutte, mais qui n'a pas la force nécessaire pour exercer la dure discipline. Ce manque de force, serait alors une faiblesse qui l'empêcherait le rêve qu'il nourrit depuis des années de devenir lutteur professionel. Nous ne sommes donc en réalité jamais justes, car il y a toujours quelque chose qui retient les personnes qui se disent l'être, les empêchant ainsi d'être injustes. C'est d'ailleurs ce qui manque à la réflexion de Glaucon, il imagine l'homme possesseur de l'anneau comme intouchable, parce qu'il aurait un pouvoir qui le rendrait invincible, mais il oublit une chose, c'est que cet homme est humain avant toute chose, et la notion d'humanité est indissiociable de celle de psychologie, intimement liée à celle de moral. Ainsi, si l'on voulait suivre correctement la thèse de Glaucon, il faudrait imaginer que l'homme ait en sa possession l'anneau depuis sa naissance, mais serait-il humain alors? N'est-ce pas par le biais des faiblesses que l'ont grandit? N'apprend-on pas un cours pour combler des lacunes susceptibles de nous faire couler lors d'un examen? La faiblesse a donc sa place dans cette arbre des paradoxes humains que j'ai tracé car c'est la faiblesse qui rend l'homme fort, et qui, tout simplement, fait de lui ce qu'il est, ce qu'il sera, peut-être même ce qu'il a été si on se permet d'entrer dans un questionnement psychologique que Freud mentionne plus ou moins explicitement dans "Psychopathologie de la vie quotidienne". Il est donc clair que le personnages que crée Glaucon ici n'a rien d'humain, car un tel homme ne pourrait exister de par sa nature humaine même.
Parce que, en réalité, nul homme n'est intouchable, si il est homme. La télévision s'est chargée elle-même, peut-être avec moins de philosophie, de nous montrer que les super héros, qui sont humains à la base, ne sont jamais intouchable. Je vois ici un concept plus philosophique que cinématographique car je ne pense pas que le points faiblesse du héro "invincible" ne soit qu'un intermédiaire nécessaire à la mise en place d'un élément perturbateur, mais bien la prise de conscience qu'un homme reste un homme et que le coeur est toujours touchable. L'armure d'un chevalier aurait beau être imperçable, ses armes auraient beau être dévastatrice, sa faiblesse psychologique elle ne serait protégée par rien. Le super héro idéal est donc inhumain, mais comment pourrait-on représenter un tel personnage? Sans désir, sans langage, sans pensée, une bête qui serait guidée par son seul instinct de survie? Le cinéma utilise donc la condition humaine pour créer une histoire pleine de rebondissement.
Pour en revenir au débat initial, nous ne sommes justes parce que nous sommes contraints à l'être, et je pense que l'homme le plus optimiste, qu'il soit possible de l'être, dirait que le remord qu'éprouve l'homme de notre premier exemple, doit être considéré comme ce qu'il y a de juste en lui. Car c'est ce qui l'empêche de commettre l'injustice de garder l'argent pour lui. La justice serait-elle alors une faiblesse en elle-même? Une faiblesse qui empêcherait l'homme de choisir ce qui lui est le plus avantageux, l'injustice. Le voilà donc introduit, le 9 ème paradoxe humain. Car finalement, peut-être que Socrate n'avait pas tort, l'homme injuste, est le plus malheureux des hommes...